Un membre de la LDH 49 observateur civil international au Chiapas

Publié le par LDH49

Julie Renou, membre de la ligue des droits de l'Homme du Maine et Loire, est actuellement au Mexique comme "observateur civil international", elle nous envoie l' article ci-dessous:

En 1994, le peuple indigène du Chiapas se soulève contre le gouvernement. En dix demandes, ils réclament la terre pour ceux qui la travaillent, l'accès à l'éducation, à la santé, la démocratie, la justice, la liberté, la dignité pour tous et toutes, le respect des populations et cultures indiennes... Ils affirment qu'après des années de luttes civiles et pacifiques qui n'ont mené à rien sinon à continuer de mourir de faim et de maladies curables dans l'indifférence générale, ils préféraient mourir les armes à la main... Face à cette insurrection, l´armée Fédérale contre-attaque, bombarde sans distinction et terrorise la population civile, faisant plusieurs centaines de morts.

Très vite, plusieurs personnalités nationales et internationales, des dizaines d'organisations non-gouvernementales (ONG) demandent au gouvernement et à l'EZLN de cesser les combats et de trouver une solution politique au conflit. Des négociations entre le gouvernement et les zapatistes sont donc lancées avec pour aboutissement la signature des accords de San Andres en février 1996. Ces accords proclament le droit des peuples indigènes a s´organiser et reconnaissent les cultures de ces peuples, mais jamais le gouvernement n'appliquera et ratifiera ces accords.

La répression reprend plus intensément avec le 22.12.1997 le massacre d´Actéal. Trois cents paramilitaires -indigènes formés et payés par le gouvernement- entourent la communauté rassemblée dans l´église et effectuent une chasse à l´homme durant plus de 5 heures, alors que la police se trouve à moins de 200 mètres, et l´armée à moins d´un kilomètre. Le bilan est lourd : 45 victimes dans leur majorité femmes et enfants. Toutes ces exactions entraînent la fuite de plus de 30 000 indigènes qui se refugient dans les montagnes du Chiapas dans des conditions particulièrement précaires.

Rapidement les zapatistes décident de ne plus suivre ni écouter le gouvernement, et de s´organiser en respect avec leur culture et leurs réelles nécessités. Chaque communauté aujourd’hui est gérée par un caracole -unité administrative- où l´ont peut trouver un système politique particulièrement démocratique, participatif et égalitaire. Chaque communauté a accès à un système d´éducation, de santé etc... gratuit, et autogéré, en respect avec la culture indigène. Le gouvernement n´a aucun droit d´entrer dans les communautés, et toutes les coopératives sont gérées par les zapatistes eux-mêmes, sans aucun appui du gouvernement.

Cependant, la répression est féroce, et a pris la forme d´une guerre de basse intensité. Le Chiapas est l´état le plus militarisé du Mexique, on dénombre 118 installations militaires dans cette zone dite de conflit. Au cours des dix dernières années, la pression militaire a été constante dans les communautés autochtones, menaçant la population civile, jusqu’à provoquer des déplacements forcés ou démanteler avec violence des municipalités autonomes (El Bosque et Ricardo Flores Magón en 1998) -(http://www.sipaz.org/data/chis_fr_03.htm)-. Continuellement, on recense des affrontements, jamais directs mais particulièrement réguliers: arrestations arbitraires, tortures, assassinats ciblés, pressions, menaces etc.... L´année 2009 et l´année 2010 montrent une très forte recrudescence des pressions, et des actes contre les communautés organisées en résistance. En 2009, la Cour Suprême de Justice de la Nation a décidé de libérer le peu de paramilitaires arrêtés suite au massacre d´Acteal, et depuis 2010 de très, trop, nombreux affrontements ont eu lieu dans différentes communautés. Pour n´en citer que quelques uns : En février 2010, la communauté de Mitziton est victime d´une attaque d´un groupe d´une centaine de paramilitaires. Le conflit a duré toute la nuit encouragé par l´inaction de la police présente sur place. En Mars, à Jotola dans la municipalité du Chilon, deux jeunes de 13 et 18 ans ont été agressés et séquestrés par des paramilitaires. Les deux jeunes ayant réussi á s´enfuir se sont refugiés chez des membres de l´Autre Campagne. Les paramilitaires de l´OPDDIC ont détruit et ravagé la maison, et séquestré la propriétaire, et 7 de ses frères. Ils ont été libérés à 10h le lendemain avec des marques de coups et de lésions. Pour terminer, et toujours sans être exhaustif, dans la municipalité de Tila - Zone nord - on a dénoncé 60 assassinats, tous attribués au groupe paramilitaire "Paz y Justicia". Selon les témoignages, dans les communautés divisées par le conflit, les enfants des familles qui ne sont pas affiliées au parti officiel ne peuvent pas aller à l'école. Il faut mentionner que règne dans les communautés un sentiment d’isolement, de panique et de terreur.

Beaucoup d´organisations et d´associations agissent dans la région pour dénoncer ces atteintes aux droits et libertés fondamentales. Un membre de la ligue des droits de l´Homme d´Angers est actuellement a San Cristobal de las Casas – CHIAPAS- et a rejoint deux de ces organisations, dans le but d´être Observateur Civil International. Elle travaille en partenariat avec la Frayba – ONG locale du Mexique- et Espoir Chiapas – association loi 1901 de France-. Depuis 1995, le Centre des droits de l´homme de la Frayba envoie avec l´aide d´autres associations sympathisantes comme Espoir Chiapas, des observateurs internationaux dans les communautés indigènes zapatistes ou non. Ces brigades civiles d´observation sont envoyés dans le but d´assurer une présence internationale et de dissuader les offensives paramilitaires ou militaires. S´il y a lieu, les observateurs sont témoins des violations aux droits et libertés fondamentales, et témoins  des exactions, en en réfèrant au Centre des Droits de l´Homme. Ainsi, suivant cette logique, ce membre se rendra pour deux semaines dans la communauté d´Actéal en tant qu´observateur en espérant prévenir la communauté de toutes attaques armées.

Pour plus d´information :

Association Espoir Chiapas (fr) : www.espoirchiapas.com
Information observateur civil International (fr) : http://espoirchiapas.com/volontaireFRAYBA.html
Sipaz-Service international pour la paix-(es): http://www.sipaz.org
Centre des Droits de l´Homme Fray Bartolomé(es) : http://www.frayba.org.mx

 julie Renou0001

 

 

 

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