L’errance des Roms passe par le tribunal

Publié le par LDH49

Ci-dessous un article publié dans Ouest-France ce vendredi 25 Août

Aticle signé Josué JEAN-BART

Deux Kosovars ont été assignés devant le juge des référés, hier matin. Ils font partie d’un campement d’une cinquantaine de membres de cette minorité, du Kosovo et de Roumanie.

Reportage

Mercredi, 17 h. Une femme donne le sein à son nourrisson au milieu d’un terrain vague. « C’est dur. Je n’ai pas de logement, pas d’argent. Ici, ça n’est pas propre, il n’y a pas d’eau. » Cette Rom du Kosovo aurait bien aimé offrir un petit nid douillet à son bébé de deux semaines. Elle doit se contenter des tentes posées sur la terre battue de la rue du Maine, au milieu du chantier du quartier Saint-Serge. Près des préfabriqués qui hébergent temporairement une kyrielle d’associations caritatives, une cinquantaine de Roms du Kosovo et de Roumanie vivotent. Ils ont atterri là après avoir été délogés manu militari , le 11 juillet dernier, des squats du Chêne-vert et des Trois-Paroisses.

Droit de priorité contre droit au logement

À peine installés, déjà menacés. Au tour de la ville d’Angers de faire valoir ses droits. Une audience était fixée jeudi matin devant le juge des référés du tribunal de grande instance d’Angers. « Le droit de propriété est tout aussi respectable et important que le droit à un logement, qui n’autorise pas à s’approprier du bien d’autrui par la force. La Ville ne peut laisser perdurer cette situation d’occupation d’un terrain agrémenté de hangars et de bâtiments temporaires », souligne Me Pierre Brossard, avocat de la Ville. Elle a été reportée au 14 septembre. Aucun élu n’a souhaité répondre à nos questions. Pourtant, les familles installées sur le carré de terre battue aimeraient les interpeller. Sur leurs conditions de vie, pour commencer. Sur cette errance faite d’une succession de squats et d’expulsions, aussi. « Depuis 2009, ils se prennent des claques, souffle Djamel Blanchard, représentant de l’Association des jeunes de la Roseraie, qui accompagne depuis des années le groupe dans ses démarches. Ils ne peuvent pas se projeter. Le pire, c’est pour les enfants qui n’ont vécu que ça. » Et qui subissent les répercussions de cette précarité. « Mon fils de 12 ans a perdu 10 kg, se plaint une femme. Il est très affecté par la situation. » Cette minorité rom est rejetée dans ses deux pays d’origine. Les Kosovars espèrent bénéficier d’un hypothétique statut de réfugié. Quant aux Roumains, ils peuvent travailler. Ce qu’ils font la plupart du temps comme saisonniers. Mais ils se plaignent de n’avoir pas accès au parc social de la Ville. Scolarisés, les enfants sont confrontés à des problèmes d’insalubrité et de distance des établissements scolaires. Ce dont l’avocat de la Ville semble avoir pris conscience. « La Ville a peur que cette occupation illégale se passe dans de mauvaises conditions d’hygiène, reprend M Brossard. Ça n’est pas une solution pérenne pour ces personnes. »

Double discours

Mais quelle alternative la collectivité propose-t-elle, alors que l’hébergement d’urgence est saturé ? « Ils nous virent d’ici pour nous mettre où ? », résume sèchement un squatter. Soupçonnant la Ville de tenir un double discours, les collectifs accompagnant les Roms viennent de signer, début août, une lettre à l’attention de l’édile Les Républicains, Christophe Béchu. « Monsieur le maire, comment peut-on prétendre refuser la misère en combattant les miséreux ? », interrogent-ils. « La mairie demande 1 000 € de dommages et intérêts, s’agace Djamel Blanchard. C’est surréaliste. » Dans une atmosphère de plus en plus pesante, les occupants dénoncent des visites très régulières de la police. Ils subiraient également, chaque nuit, les agressions d’un groupe de personnes les insultant et les invitant à rentrer dans leurs pays, en leur jetant des pierres. Loin de cette tension, il plane une forme d’insouciance, ce mercredi. Des enfants jouent pour tuer le temps, avec des hand spinner et des petites voitures. Les vacances scolaires tirent sur leur fin. Le bébé a fini sa tétée. Un nuage de poussière traverse le terrain. Djamel Blanchard est amer. « Et dire qu’à côté, on investit 26 millions d’euros dans une patinoire. » Question de priorités.