Déplacement de l’hôpital psychiatrique vers la prison...

Publié le par LDH49

Déplacement de l’hôpital psychiatrique vers la prison...

Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de libertés, était l'invitée de Pierre Weill, le 17/08/2017 sur France Inter, pour parler des lieux de privation de liberté et de la détention des malades mentaux, faute de place en hôpitaux psychiatriques.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-17-aout-2017#xtor=EPR-5-[Meilleur17082017]

Adeline Hazan a réagi au rapport publié par l'Observatoire international des prisons* sur les conditions de détention des personnes atteintes de maladies mentales (1). Celui-ci révèle que près de 17 000 détenus relèvent de l'hospitalisation plutôt que de la détention malgré la surpopulation carcérale. 

Des conditions de détention qui ont été sensiblement améliorées depuis la loi encadrant les soins dans les établissements pénitentiaires, mais qui ne répondent pas aux besoins de ces détenus malades.

Pour Adeline Hazan, le niveau d'affection doit aussi être pris en compte. La contrôleuse générale estime qu'il n'est pas acceptable d'être maintenu en établissement pénitentiaire, faute de place en centre hospitalier adapté, pour un détenu atteint de maladies aussi graves que la schizophrénie, par exemple. C'est d'autant plus difficile pour les malades que le personnel pénitentiaire n'est pas toujours correctement formé ou correctement accompagné pour gérer de telles situations.

Mais surtout que la surpopulation carcérale (2) ne permet pas aux détenus de recevoir le niveau de soin dont ils peuvent avoir besoin. Pour y remédier, Adeline Hazan exhorte le gouvernement et les magistrats à revoir leur philosophie de la réponse pénale. Elle estime qu'il serait salutaire de repenser les peines pour prononcer davantage de travaux d'intérêt généraux et ainsi contribuer à ne pas désintégrer les personnes condamnées pour des peines courtes.

L'intégration et l'insertion des détenus est un sujet sur lequel Adeline Hazan s'est également longuement étendue. Elle a notamment indiqué être favorable à ce que les détenus puissent acheter, en prison, un téléphone portable ou accéder à internet mais sous surveillance, pour garder un contact avec leur famille et rechercher un emploi à leur sortie de prison.

* https://oip.org/publication/rapport-sur-les-conditions-de-detention-en-france/

(1) Santé mentale - https://oip.org/decrypter/thematiques/sante-mentale/

«On assiste à un déplacement de l’hôpital psychiatrique vers la prison» s’alarmait déjà il y a dix ans le Comité consultation national d’éthique (CCNE). Plus de 20% des personnes incarcérées sont atteintes de troubles psychotiques dont 7,3% de schizophrénie et 7% de paranoïa et autres psychoses hallucinatoires chroniques. Au total, huit hommes détenus sur dix présentent au moins un trouble psychiatrique, la grande majorité en cumulant plusieurs parmi lesquels la dépression (40%), l’anxiété généralisée (33%) ou la névrose traumatique (20%). Le taux de pathologies psychiatriques est 20 fois plus élevé en prison que dans la population générale. Or, la prison est un milieu pathogène. Et « l’incarcération de personnes atteintes de maladies mentales graves ne peut qu’entraîner une perte de repères et de sens : perte du sens même de la peine et de l’emprisonnement » mais aussi « perte du sens même du soin et du rôle de soignant » comme le relève le CCNE. Pourtant, loin de remédier à ce phénomène par une réflexion sur les failles de la psychiatrie générale en milieu libre, les pouvoirs publics mettent en place des dispositifs judiciaro-sanitaires qui avalisent la présence de ces publics en prison.

(2) Surpopulation carcérale - 

https://oip.org/decrypter/thematiques/surpopulation-carcerale/

Fondamental, car il s’agit de garantir à chaque personne incarcérée le droit de disposer d’un espace où elle se trouve protégée d’autrui et peut préserver son intimité, le principe de l’encellulement individuel est bafoué depuis sa proclamation en 1875. Consacré à nouveau dans la loi pénitentiaire de 2009, son application est sans cesse reportée. Car la surpopulation carcérale est un mal chronique des prisons françaises. En 1990, le taux d’occupation des établissements pénitentiaires était de 124%. Il tourne aujourd’hui autour de 117% avec, début 2017, 68 432 prisonniers pour 58 681 places. La surpopulation se concentre dans les maisons d’arrêts, qui accueillent les personnes en attente de jugement et celles condamnées à des courtes peines de prison. Dans ces établissements, qui abritent plus des deux tiers de la population carcérale, le taux d’occupation moyen est de 140%, contraignant deux à trois personnes – parfois plus – à partager une même cellule et 1 500 personnes à dormir chaque nuit sur des matelas posés au sol. Les plans de construction de nouvelles prisons qui se sont succédé depuis les années 1900 n’y ont rien changé. Car « on ne traite alors que les conséquences de la surpopulation, et non par les mécanismes ou les facteurs qui en sont à l’origine », explique la criminologue belge Sonja Snacken, experte auprès du Conseil de l’Europe. L’inflation carcérale que connait la France depuis plusieurs décennies est avant tout le fruit de politiques pénales qui ont misé sur l’incarcération et une répression croissante des déviances sociales.

Publié dans Prisons