Russie : héritages et continuités

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Lettre « Les droits de l’Homme en Europe centrale et orientale » n°19 – octobre 2016

Au sommaire de cette lettre, figure notamment un dossier complet sur la Russie.

L'édito est consacré à la Pologne

Éditorial

La Pologne est-elle en train de retrouver les chemins de la raison, de prendre la mesure de ce qu’elle risque de perdre en termes de  droits et de liberté ? On peut raisonnablement le penser au vu de la mobilisation réalisée autour du droit à l’avortement et, plus généralement, du droit des femmes. Les députés ont en effet rejeté le projet de loi qui visait à interdire totalement l’avortement alors même que l’accès à l’IVG en Pologne est, depuis 1993, l’un des plus restrictif en Europe. Il se limite aux cas d’une mise en danger de la mère ou du fœtus, de viol ou d’inceste. La partie n’était pourtant pas été gagnée d’avance ; il a fallu une mobilisation sans précédent de femmes et de hommes en Pologne – qui a pris les formes spectaculaires de manifestations et, surtout, d’une grève générale –, et également les nombreux soutiens institutionnels et individuels qui se sont exprimés partout dans le monde. C’est cette opposition déterminée et elle seule qui a permis de faire reculer le parti au pouvoir. Cette mobilisation dont les slogans étaient franchement féministes – « mon corps, mon droit » ou « mon corps m’appartient » – débouchera-t-elle sur un assouplissement du droit à l’avortement, voire sur une dynamique démocratique plus large, plus offensive ? Il est trop tôt pou le dire mais le seul fait de poser la question est déjà une victoire. D’autant que le PiS a annoncé qu’une nouvelle loi sur l’IVG sera proposée prochainement et l’on doit s’attendre à ce qu’elle aille dans le même sens que la proposition rejetée. Vigilance, donc.

Les victoires, il faut les souligner, tellement elles se font rares et parfois mitigées. Après une campagne officielle xénophobe, le 2 octobre a eu lieu en Hongrie le référendum pour demander si les citoyens hongrois souhaitaient que l’Union européenne puisse rendre obligatoire l’installation des quotas de réfugiés en Hongrie. Le « non » l’a largement emporté mais la faible participation invalide le résultat et la démarche elle-même, plaçant ainsi le gouvernement de Victor Orban dans une position délicate puisque son opposition avait appelé au boycott. Reste à continuer les mobilisations contre les discours xénophobes qui amalgament les réfugiés aux terroristes et l’Union européenne au déni de souveraineté.